Meero et les photographes

Mathieu Py / Photo Vidéo / / 0 Commentaire

La dernière levée de fonds de Meero a fait couler beaucoup d’encre. D’abord parce qu’il s’agit d’une des rares startups françaises à être ce qu’on appelle une licorne, c’est-à-dire valorisée à plus d’un milliard de dollars.

Alors Meero, ils font quoi ? Eh bien vous voyez Uber qui organise une mise en relation automatisée entre le client et le conducteur ? Meero ils font ça entre le photographe et le professionnel qui a besoin de photos. Ce n’est pas nouveau, finalement les agences ça existe depuis fort longtemps, sauf que là on profite des outils de mise en relation numérique et on tape un peu du pied dans la lisibilité difficile des tarifs.

Quelle est l’autre particularité de Meero ? Eh bien il faut dire que tout photographe de son temps qui fait un peu de veille sait qu’une partie de son travail sera à terme impacté par de l’intelligence artificielle – mais quel secteur ne le sera pas ? Là en l’occurrence il s’agit d’automatiser tout ce qui suit la prise de vue. C’est à dire que les logiciels qui sont dans les appareils font encore des progrès énormes, et pour les besoins plus lourds que le simple traitement de l’appareil, tout le temps de traitement que j’ai en rentrant à la maison avec mes cartes mémoire va disparaître à terme. Et ça, Meero l’a compris et travaille sur des solutions logicielles d’automatisation de ces traitements.

Concrètement, j’ai travaillé pour eux, pour tester – je n’aime pas parler de ce que je connais très mal – et aussi parce qu’en me lançant il me fallait gagner un peu d’argent, c’était l’une des solutions rapides. Donc je suis inscrit chez Meero, ils me contactent pour un bien immobilier avec date et heure de rendez-vous, j’accepte ou pas. Si j’accepte j’ai un cahier des charges de prise de vue très précis, ne laissant pas trop de place à la créativité, il faut le dire. Je me rends chez le client, je fais ce qu’il y a à faire sur place, je rentre et j’uploade mes photos sur la plateforme Meero. Dans les 15 jours je suis payé.

Alors c’est quoi ce qui fait jaser ? D’abord, c’est une règle qui devient un classique, lorsqu’une nouvelle concurrence arrive, au lieu de comprendre, de s’interroger sur qui on est et de se repositionner sur le marché, on râle voire malheureusement on devient un hater. Mais surtout, la cause des râleries, c’est que Meero est le catalyseur de deux nouveautés dans un milieu qui n’est pas toujours le moins conservateur :

  • l’uberisation de la photo – oui il fallait s’y attendre, mais plutôt que de prophétiser la fin du monde, je préfère penser que ceux qui font appel à ces services n’auraient de toute manière pas payé une presta plus haut de gamme. A la limite il s’agit presque d’une création de nouveaux marchés photographiques
  • le développement de l’IA dans la photo – oui, il fallait s’y attendre aussi. Comment est-ce qu’on réagit ? En devenant un métier conseil, expert, formateur. Ou en se nichant dans une gamme très différente. Il faut un peu de créativité pour se renouveler.

Alors, pour comprendre il faut dire que les photographes ont été impactés ces dernières décennies par pas mal d’évolutions technologiques et d’usage, notamment un accès plus facile à la technologie pour le quidam, et ce en période de crise. Ça n’a pas manqué de les toucher et c’est un métier en crise qui est un peu à fleur de peau. Cela explique des réactions parfois dures.

Mais ce n’est pas parce qu’on est à fleur de peau qu’il faut s’en prendre aux autres. Meero est un symptôme, pas une cause. Pour moi c’est un partenaire potentiel de plus, pas un ennemi. Et puis, il faut être pro-actif, c’est-à-dire que face à la difficulté il faut se remettre en question, être force de proposition et acteur du changement. Du moins, c’est mon point de vue. Les photographes qui ont une réelle analyse stratégique des marchés ont probablement déjà anticipé ces question.

Pour conclure, je n’ai pas peur de dire que je suis toujours inscrit sur Meero, même si c’est rare que je travaille pour eux, parce que je développe des activités et une clientèle qui me sont propres. Pourtant, si j’ai une proposition, que j’ai un peu de temps à y accorder, et que c’est l’occasion de visiter une belle villa sur la côte, alors j’irai peut-être. Pour ne rien gâcher, humainement j’ai toujours eu de bons contacts et des rapports clairs et nets ; je ne perdrai pas mon temps.