A la recherche du fameux photographe “DR”

Mathieu Py / Non classé / / 0 Commentaire

Comment conjuguer besoin croissant d’image et rémunération des auteurs ? Je me pose la question en cherchant qui est ce fameux DR que l’on voit en signature de nombreuses photos de presse.

Quand j’ouvre la PQR, quelle que soit la région, je vois toujours des photos signées par un certain DR. Qui est-il ? Pourquoi cette omniprésence dans la presse française ?

En réalité, beaucoup d’entre vous le savent déjà, DR ça veut dire Droits Réservés. Si vous voulez publier une image et que vous ne trouvez pas qui en est l’auteur, elle est dite orpheline et vous pouvez indiquer Photo : DR. Cela veut dire que vous ne l’avez pas trouvé et que vous vous engagez à le rémunérer dès qu’il se manifestera. Le hic, c’est que la pratique s’est généralisée et que souvent les rédactions ne pourront pas vous prouver qu’elles ont cherché l’auteur, on indique DR par commodité, sans se poser plus de questions que ça, alors que le code de la Propriété Intellectuelle est clair :

L’œuvre orpheline est une œuvre protégée et divulguée, dont les titulaires de droits ne peuvent être identifiés ou retrouvés, malgré des recherches avérées et sérieuses.

Quelle question est-ce que cela soulève ? D’abord le côté systématique : on publie DR sans chercher qui est l’auteur. Clairement la rémunération des auteurs n’est pas une question que l’on se pose, alors que certains titres râlent à juste titre lorsque l’on copie leurs articles sur les réseaux sociaux, ce qui revient au même ! Paradoxe ? Cela soulève surtout la question de la quantité d’image nécessaire aujourd’hui, bien supérieure à dix ans auparavant, et nos modèles économiques de publication n’intègrent pas la rémunération des créateurs proportionnellement à la montée quantitative des besoins.

Cela engendre deux questions pour l’avenir :

  • Êtes-vous prêts à payer plus cher des contenus éthiques sur le plan de la rémunération ?
  • Ne pensez-vous pas que l’on voit apparaître une tendance qui remplace les auteurs (photographes, rédacteurs, journalistes, dessinateurs etc.) en “créateurs de contenus”, terme masquant un véritable prolétariat des contenus derrière une minorité d’influenceurs ?

Pour en revenir à DR, ce qui me chiffonne le plus dans la presse, c’est qu’il y avait auparavant un professionnel dont l’un des multiples rôles était de chercher qui était l’auteur d’une image : l’iconographe. Plus que ça, l’iconographe passe commande auprès de photographes ou autres sources d’images, définit une ligne iconographique etc. Par souci d’économie, beaucoup de titres ont supprimé ce poste, alors qu’il est peut-être un poste clef à l’heure de l’image omniprésente, et qu’il participerait à éviter le grand flou rédactionnel dans certains titres, en garantissant une cohérence et une signature visuelle, et en réfléchissant, voire optimisant l’économie de l’image fixe comme animée.

Nous sommes en pleine mutation des contenus, pour la photographie comme pour d’autres disciplines le besoin est grand mais le modèle économique ne tient pas compte de ce besoin. Paradoxe intéressant : tout le monde demande de l’information sourcée, vérifiée et de qualité, tout en partageant allègrement des captures d’écran, si ce n’est des titres de presses complets non payés sur les réseaux. Mais comment demander un travail professionnel sans rémunérer les professionnels ?

Pour l’instant, le fameux DR s’en sort bien, mais n’est-il pas juste le symptôme d’un bouleversement qui est subi : sans vision, sans structure ?